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7 juin 2015

Critique : Le labyrinthe du silence

Réalisateur : Giulio Ricciarelli

Acteurs principaux : Alexander Fehling, André Szymanski, Gert Voss, Lisa Martinek, Johannes Krisch...

Note : 7,5/10


Dans les années 60, le jeune procureur Johann Radmann, du parquet de Francfort, apprend par hasard l'existence du camp d'Auschwitz, tombé dans l'oubli. Avec l'aide d'un journaliste et de son supérieur, un procureur général lui même emprisonné dans un camp de concentration, il dirigera une enquête pour tenter de faire connaître la terrible vérité à la jeune génération allemand, qui aboutira au grand procès de Francfort durant lequel des nazis de tous grades ayant servi dans les camps seront jugés. Mais, vingt ans après la guerre, la plus-part des allemands préfèrent se tourner vers l'avenir et de nombreux hauts fonctionnaires sont hostiles à cette enquête. 

Tout en restant efficace et émouvant, le film évite de tomber dans deux sortes de films que je déteste au cinéma : Le mélo vide et balourd, et la reconstitution poussiéreuse et didactique. Malgré un script parfois maladroit, on sent que le réalisateur est animé par un véritable désir de mise en scène, en témoigne la scène du retour à Auschwitz. Les acteurs sont largement à la hauteur. 
Surtout, ça faisait un bon bout de temps que je n'avais pas vu un film aussi incroyablement intéressant sur un sujet aussi peu connu. Il faut s'imaginer une Allemagne dans laquelle les trois quarts du pays n'avaient jamais entendu parlé de la Shoah et ou votre voisin pouvait être un ancien membre de la SS. D'ancien nazis réfugiés en Amérique du sud, comme Mengele ou Eichmann, pouvaient aller rendre visite à leur famille en toute impunité. 

Comme je l'ai dit plus haut, le script n'est pas exempt de quelques maladresses : Des personnages légèrement caricaturales notamment, une histoire d'amour assez fade, mais loin d'être inutile puisqu'elle permet d'introduire la paranoïa grandissante du procureur. Tout ceci est vite pardonné : Le scénario, sous ses atours de thriller historique bien foutu, ne laisse pas au spectateur de s'ennuyer et permet au film de viser un public plus large. 


26 mai 2015

Critique : La loi du marché

Réalisateur : Stéphane Brizé

Acteurs principaux : Vincent Lindon, Karine De Mirbeck, Matthieu Schaller...

Note : 6/10

Thierry est un ancien syndiqué aujourd'hui au chômage. Il parvient à trouver un nouveau poste dans un supermarché, mais est confronté à un dilemme moral...

On ne peut que saluer la prestation de Vincent Lindon, extraordinaire dans le rôle de Thierry. Les dialogues toujours justes de Brizé servent parfaitement l'acteur, qui déploie ici toute sa palette de jeu. Un prix d'interprétation à Cannes pleinement mérité ! Tous les acteurs non-professionnels qui entourent le monstre sont excellent, ce qui est loin d'être toujours le cas dans d'autres films (On pense à une certaine histoire de Judas...)

La première scène est géniale, mais ensuite toute la première heure, marquée par un manque de rythme flagrant, est assez ennuyeuse... Sans doute la faute à des scènes beaucoup trop longues et à une mise en scène répétitive et statique. Dans la deuxième partie du film, le spectateur prend enfin, et se sent véritablement concerné par l'histoire de Thierry. Des beaux plans du supermarché, filmé par le biais des caméras de surveillance. Les portraits des voleurs qui se succèdent sous nos yeux (Thierry est agent de sécurité) sont intéressants et témoignent de la misère dans laquelle subsistent un grand nombre de personnes en France. Puis vient le fameux dilemme dont je ne dévoilerais pas les circonstances : Jusqu'où ira Thierry pour garder son emploie ? Le film possède donc deux aspects : Un aspect moral et un aspect politique. 

Stéphane Brizé s'attache à ne jamais plaindre Thierry et à ne pas montrer que la part sombre de son existence. Il a une femme et un fils qui l'aiment et avec qui il partage des choses. Je trouve cependant dommage que la relation entre Thierry et sa femme ne soient résumés qu'à quelques scènes de danse.






17 mai 2015

Critique : Mad Max - Fury Road

Réalisateur : George "mastermind" Miller

Acteurs principaux : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Zoë Kravitz, Hugh Keays-Byrne...

Note : 10/10


Un chef d'oeuvre, tout simplement. Un film intelligent, moderne, métaphorique, ultra-impressionnant et filmé d'une manière que l'on a jamais vu au cinéma. Je ne vois guère que "The Dark Knight" et "Inception" de Christopher Nolan pour pouvoir espérer rivaliser avec ce nouveau "Mad Max" dans la catégorie Blockbusters haut-de-gammes, son seul défaut étant justement d'être le dernier né d'une série de films déjà existante. On peut craindre en effet que le syndrome "Le premier est forcément le meilleur" atteigne ce bijou, mais ce film est une telle révolution que j'ose espérer qu'il fera exception à la règle.

On retrouve le monde en déroute de Mad Max après une catastrophe aux raisons obscures qui a en tout cas grandement limité la présence humaine sur terre.  Max n'est plus flic depuis longtemps et cherche désespérément à échapper aux "war boys" de Immortan Joe, un tyran qui règne sur "La citadelle", où demeure une des seuls réserves d'eau sur terre. Enfin capturé par ces soldats aveuglés par leur foi en leur roi, qui cultive le culte de la personnalité, Max va parvenir à s'échapper et rencontrer Furiosa, une ancienne "impératrice" (la personne chargée de convoyer le pétrole depuis "Pétroville" jusqu'à la citadelle), avec qui il va se lancer dans une fuite éperdue. Un résumé très léger mais j'avoue avoir du mal à faire une synthèse d'un film aussi dense...

"Mad Max - Fury Road" est intelligent car les relations entre Max et Furiosa sont dépeintes de manière très réaliste, la psychologie de cette dernière est d'ailleurs très intéressante et tous les personnages principaux ont un véritable fond. Moderne, car il fait la part belle au féminisme, et le véritable personnage principal est évidemment Furiosa, Max étant relégué au second plan. Métaphorique, car on peut prendre le film comme une relecture du djihadisme et de l’extrémisme religieux, entre kamikazes, femmes asservies et bourrage de crâne. Impressionnant, parce-que je n'ai pas de mots pour décrire ce condensé d'action, de poursuites et de combats, certaines scènes étant tout simplement jouissives. J'ai presque envie de le comparer avec "Apocalypse Now", les deux films partageant ces scènes d'une beauté et d'une violence époustouflante qui restent gravées dans les mémoires, et ce sens de la démesure et de l'esthétisation à l'extrême.

Et qui dire de l'immense, de la magnifique Charlize Therone, dont le personnage tourmenté illumine le film ? Furiosa est sans doute une étape importante dans l'avancé du féminisme au cinéma. "Mad Max" est sans aucun doute sur le podium des meilleurs films de 2015.





14 avril 2015

Critique : Histoire de Judas

Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmeche

Acteurs principaux : Rabah Ameur-Zaïmeche, Nabil Djedouani, Mohamed Aroussi, Régis Laroche...

Note : 3/10


Rabah Ameur-Zaïmeche nous présente ici sa version des derniers jours de Jésus et de la trahison de Judas. Le projet est très intéressant sur le papier, mais les modifications apportées par le réalisateur franco-algérien sont vides de sens et le résultat est finalement loin d'être novateur dans son contenu. Si Ameur-Zaïmeche cherche a véhiculer un message autre que la paix dans le monde, il ne parvient à aucun moment à le faire passer. Le résultat, consiste donc en une suite d'images, certes très belles, mais complètement vides pour le spectateur et donc soporifique.  Le jeu des acteurs est, lui, souvent très mauvais, ce qui complique encore plus la tâche du spectateur qui cherche à rentrer dans le film.

Il faut avouer la réussite totale du film d'un point de vue technique, et notamment la qualité de la photographie. La scène d'ouverture est très belle : Judas, seul, montant sur une colline pour  y chercher Jésus qui jeûne depuis quarante jours. Le réalisateur utilise une succession de plans très longs, avec les sifflements du vent comme unique fond sonore, pour filmer l’ascension de Judas. Autant dire qu'avec une telle ouverture, on est forcément très déçu par la suite...

Trop de sobriété tue la sobriété : A force de ne pas faire parler ses personnages, de n'utiliser que des plans fixes très longs, sans aucune musique bien sur, Ameur-Zaïmeche empêche l'émotion de percer et les scènes, certes très belles, du procès de Jésus ou du dialogue entre Judas et Karabas à la fin sont dénuées de sentiments. 

8 avril 2015

Critique : Sea fog - Les clandestins

Réalisateur : Sung Bo Shim

Acteurs principaux : Yun-Seok-Kim, ParkYu-Chun, Han Ye-Ri...

Note : 6/10

Dans une petite ville portuaire de Corée, un capitaine près à tout pour sauver son bateau accepte de transporter des passagers clandestins. Rien ne se passera comme prévu, bien évidemment.  

 Ce projet plutôt ambitieux sur le papier, mêlant la romance, le film noir, l'épouvante et la comédie, ne tient pas toujours ses promesses, avec quelques passages assez ennuyeux et une histoire d'amour son profondeur, mais a cependant pour lui une mise en scène en béton, une interprétation intense et une ambiance glacée propre aux meilleurs polars corréen. Au final, ce "Sea fog" est plutôt une réussite même si certains détails font tiquer, notamment un épilogue tout sauf nécessaire et un ou deux personnages un poil stéréotypés. 

Il faut reconnaître le sens de la composition de Sung Bo Shim, avec notamment une scène de baiser magnifiquement filmée et éclairée, comme d'ailleurs la plus part des passages se déroulant à l'intérieur du bateau. Le metteur en scène fait très bon usage du brouillard pour créer son ambiance morbide, sans en abuser non plus. Le personnage du commandant est mémorable, il fait en effet parti de ces rares personnages que l'on arrive pas à détester complètement. 


28 mars 2015

Critique : CITIZENFOUR

Réalisatrice : Laura Poitras

Avec : Edouard Snowden, Glen Greenwald, Kevin Bankston...

Note : 8,5/10


CITIZENFOUR retrace l'affaire Snowden depuis son origine et film en temps réel les entretiens avec le célèbre membre de la NSA qui, en 2013, a révélé les agissements des gouvernements américains et anglais qui espionnent le monde entier via Facebook, Google, Skype... Dans l'impunité la plus total. La grande force de ce documentaire édifiant est de nous faire prendre conscience de l'étendue et de la gravité d'un phénomène dont on avait pourtant déjà entendu parler.

Si on peut reprocher au film ses quelques longueurs et la complexité des explications de Snowden, il est impossible de ne pas en ressortir marqué. Le moindre de nos cliques (Google, Yahoo...), de nos appels téléphoniques (La plus part des opérateurs), de nos e-mails (Yahoo, Hotmail, Gmail...) est soigneusement enregistré par le gouvernement américain. La moindre de nos recherchers jugées "suspecte" nous vaut d'être fiché sur la fameuse "liste", qui recense les "terroristes" potentiels... Des milliers de drones surveillent des milliers de maisons dans le monde entier. Tout ceci dans la légalité la plus total... Inutile de dire qu'en ressortant, je me suis demandé si toutes les personnes à avoir tapé le nom du film sur Allociné, dont je fais évidemment parti, se sont faites ficher.

Outre ces qualités informatives, le film nous permet de mieux cerner la personnalité d'Edouard Snowden. En effet, ces lunettes et cette barbichette devenues familières ne signifiaient pas grand chose pour nous. Ici, on découvre l'être humain à l'origine d'un des plus gros scandales de ce début de siècle. 

CITIZENFOUR est un film à voir absolument, rien que pour faire chier le gouvernement américain. 


23 mars 2015

Critique : Selma

Réalisatrice : Ava DuVernay

Acteurs principaux : David Oyelowo, Carmen Ejogo, Tom Wilkinson, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint...

Note : 5/10

Le combat de Martin Luther King pour le droit de vote des afro-américains, à travers une marche entrée dans l'histoire ; Celle de Selma à Montgomery qui a réunie des milliers de personnes, blanches et noires, pour protester contre la ségrégation.

Ce "Selma", même s'il n'a pas de gros défauts apparents, se révèle sans aucune surprise et donc sans réelle saveur comme je le redoutais avant d'entrer dans la salle. A défaut d'être un grand moment de cinéma, il a au moins l'avantage d'être instructif.

Le film est extrêmement factuel et didactique, et l'épaisseur des personnages ainsi que la finesse du scénario ne semblent pas être une priorité. En effet, le Martin Luther King dépeint par le film n'a aucune saveur. et les scénaristes nous resservent la même soupe que la plupart des biopics politiques, à savoir, les problèmes familiaux du grand homme, ses doutes et sa culpabilité, soit rien de bien nouveau.

La bouillie de ralentis et de musique tonitruante, omniprésente dans les moments "forts", finissent par vraiment agacer le spectateur et donnent au film un gout persistant de déjà-vu. S'il suffisait de ces deux critères pour réussir une scène inoubliable, ou au moins intéressante, ce serait beaucoup plus facile de faire du cinéma. 

La mise en scène est très formatée et DuVernay manque cruellement d'originalité et d'imagination dans sa manière de filmer les foules. Quant aux acteurs, rien d’inoubliable même si la prestation de David Oyelowo dans le rôle de M.L.K est très satisfaisante.

Malgré ces défauts très agaçants, on ne peut pas nier la valeur instructive du film. Le racisme omniprésent et habituel du sud des états-unis, la relation entre le président Johnson et M.L.K, la tournée des états-unis de l'activiste, la rivalité avec Malcolm X... Le spectateur apprend beaucoup de choses. L'ambiance et le mode de vie des années soixante est, elle, parfaitement recréée.



28 février 2015

Critique : Birdman

Réalisateur : Alejandro Iñarritu

Acteurs principaux : Michael Keaton, Emma Stone, Naomi Watts, Edward Norton, Zack Galifianakis...

Note : 9,5/10


J'étais impatient de découvrir au cinéma le nouvellement oscarisé "Birdman", qui signe le retour de Michael Keaton. Autant dire qu'il ne m'a pas déçu ! Admirablement joué, mis en scène de manière enivrante, drôle, poignant et bien photographié. Rien n'est à jeter dans le nouveau film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu, qui réussit une performance exceptionnelle : Le film est tourné en un seul et unique plan séquence, parfaitement maîtrisé par le cinéaste mexicain.

A Broadway, Riggan, un has-been autrefois mondialement connu pour avoir joué un super-héros (Le birdman du titre) tente de sauver sa pièce de théâtre, censée le faire renouer avec la célébrité mais qui prend l'eau de toutes parts... L'occasion de s'interroger sur son passé, son futur, et de se confronter à ses proches...

Michael Keaton, dont la carrière ressemble singulièrement à celle de son personnage (à se demander si le rôle n'a pas été écrit pour lui) est plus qu'excellent, notamment dans une scène de pétage de plombs mémorable contre une critique acariâtre. Emma Stone et Zack Galifianakis (que j’adore dans Very Bad Trip), pour ne citer qu'eux, sont eux aussi parfaits. La mise en scène d'Iñarritu, en plus d'être magnifique et surprenante (Il dépasse même Hitchcock dans l'art du super-plan-séquence), est utile. On a l'impression de partager le quotidien de Riggan et on est donc plus proche de ses émotions. 

Birdman, c'est d'abord un portrait réaliste et complet d'un homme qui a tout perdu. On éprouve de l'empathie pour cet acteur déchu et on oscille en permanence entre la sympathie et la haine. En effet, Riggan nous prouve à plusieurs reprise qu'il est un pur salaud. Mais comme presque tous les personnages du film. Au final, Iñarritu nous prouve que tous les hommes ont une part de bêtise et de méchanceté en eux mais qu'il faut savoir passer outre (là est le seul problème du film : on n'avait pas besoin de lui pour le savoir), ce que parviennent à faire les personnages du film à la fin. "Birdman" permet à Iñarritu d'exprimer son point de vue sur la condition d'acteur, et autant dire qu'il n'est pas tendre :  Je pense que tous les personnages mentent à un moment ou un autre du film... Et que dire du personnage joué par Edward Norton ?

En conclusion, Iñarritu signe une comédie noire étonnante, bien jouée et intelligente, que je ne peux que vous conseiller d'aller voir.



   

26 février 2015

Critique : American Sniper

Réalisateur : Clint Eastwood

Acteurs principaux : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimmes, Jack McDorman...

Note : 4/10


Clint Eastwood se penche sur l'histoire du sniper le plus meurtrier des états-unis. le film n'est pas sans qualités, mais plutôt ennuyeux vers la fin, pas vraiment novateur et pétri de patriotisme américain.

Il faut avouer que Bradley Cooper est assez exceptionnel et que la mise-en-scène d'Eastwood est saisissante. Le film se révèle instructif et nous fait pleinement ressentir l'horreur du quotidien des soldats américains en Irak. Toute la première partie est agréable et plutôt impressionnante, notamment le chapitre qui concerne l'entrainement des Navy SEAL, en forme d'hommage à "Full Metal Jacket" (Le chef instructeur fait énormément penser au sergent Hartman du film de Kubrick). La scène de la première victime est elle aussi parfaitement réussie, très tendue.

Malheureusement, passée la surprise des premières scènes de guerre, les points positifs seront rares, la suite du film ne consistant qu'à suivre les aller-retours du soldat entre l'Irak et les Etats-Unis. Les scènes de combat se montrent vite répétitives, tout comme les scènes de retour à la maison qui se ressemblent toutes. Beaucoup de rebondissements sont prévisibles et Eastwood frise avec le cliché à plusieurs reprises. En outre, la thématique du soldat rongé par la culpabilité a déjà été exploitée plusieurs fois, et avec plus de finesse... Le générique ultra-patriotique est aussi plutôt agaçant pour qui ne partage pas les idées de Clint Eastwood!
Les scènes du retour (définitif, cette fois !) sont cependant intéressantes. Notamment un plan très fort du héros contemplant son reflet noirci dans l'écran de la télévision éteinte. 



Critique : Dear White People

Réalisateur ; Justin Simien

Acteurs principaux : Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris


Note : 8/10



Un excellent premier film ! Intelligent, drôle, avec des personnages fouillés et attachants. Tout n'est pas parfait, mais au final le réalisateur atteint parfaitement son but et nous alerte sur le racisme ancré dans les mentalités de beaucoup de blancs américains. J'avoue avoir mis un peu de temps à rentrer dans le film, mais quand la tension commence à monter et que les personnages gagnent en épaisseur, impossible de résister. 


Le film nous fait suivre le quotidien d'étudiants noirs dans une prestigieuse université américaine : La militante façon Black panthers, le beau gosse populaire, l'homo journaliste... Ils vont se heurter au racisme de certains élèves, voir du président de l'université. Les tensions ne cessent de s'attiser jusqu'au grand débordement final... Un des reproches que je pourrais faire au film concerne les "étiquettes" accolés dès le début à chaque personnage principal. La fin de la soirée finale frise le cliché, avec l'arrivé au ralenti des policiers (je ne vous spoile rien, on l'apprend au début).


Tous les jeunes acteurs sont excellents, dans des rôles pas toujours très évidents. La mise en scène de Justin Simien, elle, est plutôt efficace mais un peu répétitive.


Le film ne sort que fin Mars, je sors ma critique un peu en avance... 




2 février 2015

Critique : "Imitation Game"

Réalisateur : Morten Tyldum

Acteurs principaux : Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode

Note : 6/10


L'histoire vraie et cependant incroyable du scientifique Alan Turing, qui, pendant la seconde guerre mondiale, parvint à percer le code de la machine de cryptage allemande Enigma, mission réputée impossible.

Le point fort du film est bien sur Benedict Cumberbatch, qui s'assure de figurer en bonne place parmi les nommés pour recevoir l'oscar du meilleur acteur. Les seconds rôles sont eux aussi très bien joués, et on remarque notamment Keira Knightley dans un rôle pourtant éloigné de sa zone de confort. La mise en scène de Morten Tyldum, elle, assure plutôt bien mais reste très académique et ne mérite sans doute pas de faire parti des nommés pour l'oscar du meilleur réalisateur...

Le problème du film reste, à l'image de sa mise en scène, son académisme et son manque d'innovation. Même si le scénario est plutôt bien ficelé, que les personnages sont assez attachants, il n'y a rien de bien complexe dans tout cela, et Imitation Game fera sans doute parti de ces films qu'on aura apprécié à la sortie mais que l'on se sera empressé d'oublier dans les mois qui suivront... Mis à part ce manque d'originalité assez frustrant, le film a le mérite d'être très instructif et de nous éclairer sur un pend méconnu, et pourtant fascinant, de la seconde guerre mondiale, ainsi que sur la situation des homosexuels dans l’Angleterre de la première partie du XXème siècle.

Les deux seuls problèmes concrets du scénario sont d'une part l'humour de la première partie, qui est pourtant réussi mais non assumé et qui en plus sonne vraiment faux dans le cadre d'un biopic sur un scientifique pendant la guerre, et d'une autre part les quelques clichés agaçants qui apparaissent de temps en temps (vous comprendrez si vous voyez le film).

A voir si on s'intéresse au sujet ou que l'on veut apprendre des choses, ou encore si on est un fan de "Sherlock", ou que l'on aime les biopics sur les scientifiques.


Dans le cadre du brevet blanc que je passe en fin de semaine prochaine, il n'y aura pas d'article du mardi jusqu'à la fin des vacances de février...

25 janvier 2015

Critique : "Foxcatcher"

Réalisateur  : Bennett Miller

Acteurs principaux : Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo...

Note : 10/10


Bennett Miller se place parmi les favoris pour l'oscar du meilleur réalisateur. Sa mise en scène sublime sert parfaitement ce drame magnifique et intense, interprété avec virtuosité par trois acteurs en très grande forme.

Bennett Miller nous dépeint les rapports malsains entre un champion de lutte, Mark Schultz, et un milliardaire solitaire et excentrique qui lui propose de venir s’entraîner dans son domaine, en vue des championnats du monde.

Cette confrontation entre deux grands névrosés tient facilement ses deux heures quinze, et se révèle passionnante au fur et à mesure que chacun d'eux dévoile sa face cachée. La complexité des personnages créée un vrai suspense, alors que le spectateur se demande jusque où ça va aller. La psychologie des deux principaux protagonistes est une brillante réussite, et au cinéma, quand deux psychologies un brin retors se rencontrent, c'est souvent une réussite. La grande force du film, c'est que pratiquement chaque décision du milliardaire peut être décryptée et interprétée en fonction du peu de chose que l'on sait sur son passé. Malgré ce que quelques critiques ont pu écrire, le sujet du film n'est pas l'homosexualité, mais la domination d'un proche et la lutte qui s'en suit. Le point commun entre les deux personnages principaux, en effet, est bel et bien cette figure dominatrice qui les emprisonnent, pour du Pont, sa mère, et pour Mark, son frère David, lui aussi champion du monde. Ce problème sera d'ailleurs immédiatement posé dans l'une des premières scènes du film.

John, lui même sous l'emprise de sa mère, tente de s'en libérer en exerçant son emprise sur le lutteur. L'un se libère, en apparence du moins, de sa mère, et l'autre croit se libérer de son frère (finalement le "gentil" de l'histoire) pour en fait se retrouver sous le joug d'un nouveau "maître" : John du Pont. Au final, ce qui pousse les personnages pendant tout le film, c'est cette volonté de se libérer et de voler de ses propres ailes. La lutte, dans leurs combats quotidiens marqués par une grande violence, se transforme en métaphore de la vie et du combat que mène Mark sans parvenir à "battre" son frère.
Quant à John, s'il s'intéresse à la lutte c'est pour pouvoir tracer son propre chemin et prendre ses distances avec sa mère, fanatique de chevaux.

Si ce scénario plein de complexité (qui mériterait un oscar) vaut à lui seul le détour, l’interprétation des trois personnages principaux en général et celle de Steve Carell en particulier est elle aussi bluffante. La mise en scène de Bennett Miller, elle, est parfaite, et assure parfaitement pendant les combats de lutte, difficiles à filmer de manière intéressante.



Le film à voir de ce début d'année, un véritable chef-d'oeuvre. Précipitez-vous dans les salles !

4 janvier 2015

Critique : "A Most Violent Year"

Réalisateur : J. C. Chandor

Acteurs principaux : Oscar Isaac, Jessica Chastain, Albert Brooks, Elyes Gabel...

Note : 8,5/10




J. C. Chandor, un des réalisateurs montants du moment, signe un thriller politique assez génial. On suit la descente aux enfers d'un petit businessman du pétrole New-Yorkais, qui tente tant bien que mal de rester dans l'honnêteté alors que son entreprise prend l'eau de toute par, tout ceci au coeur d'un hiver 1981 qui voit des records de criminalité s'établir à Manhattan.

Entre braquages de camion, crise conjugale et poursuites judiciaires, le spectateur est tenu en haleine jusqu'à la dernière seconde. Le New-York des années quatre-vingt, parfaitement reconstitué, baigne dans une ambiance sombre et inquiétante.

L'interprétation est tout simplement magistrale, de la part de tous les comédiens. Oscar Isaac et Jessica Chastain rivalisent de justesse. L'un, en père de famille et chef-d'entreprise, nous apparaît de plus en plus nerveux et fatigué tout en cherchant à garder un calme apparent. Tout en finesse, quoi. L'autre en femme qui semble tour-à-tour fragile et forte, et qui donne l'impression de toujours cacher quelque-chose.

La mise en scène de Chandor est elle aussi totalement à la hauteur. Sans être prétentieuse, elle et cependant recherchée et certains travellings ou mouvements de caméra sont vraiment bien trouvés. La photographie est elle aussi impressionnante, que ce soit en intérieur ou en extérieur. La lumière hivernale est parfaitement restituée et contribue à l'atmosphère particulière du film.

Le scénario est quand à lui implacable. Mêlant thriller, drame et dénonciation, il dépeint un monde totalement rongé par la fraude et les méthodes illégales. On s'attache à un personnage pas toujours sympathique mais qui tente tant bien que mal de rester dans le cadre de la loi. J'utilise le mot "implacable" car on sait à l'avance qu'il sera impossible pour Morales de faire vivre son entreprise en restant honnête. D'un grand pessimisme, il nous convainc de l'impossibilité de faire fortune en restant dans le droit chemin... Tout les "amis" du héros dévoilent leur vraie nature au fur et à mesure, en même tant que le spectateur se rend comte de la pourriture du milieu. 




22 décembre 2014

Critique : "Cours sans te retourner"

Réalisateur : Pepe  Danquart

Acteurs principaux : Kamil Tkacz, Andy Tkacz, Elizabeth Duda, Itay Tiran, Jeanette Hain, Rainer Bock...

Note : 4,5/10


"Cours sans te retourner", malgré ses bonnes intentions et une mise en scène réussie, laisse une forte impression de déjà vu. On suit les aventures de Srulik, jeune juif qui s'est échappé du ghetto et tente de survivre dans une Pologne parfois hostile. Le drame Nazi est traité de manière trop classique et le film est ponctué de quelques situations vraiment irréalistes. On voit cependant que l'auteur traite d'un sujet qui lui tient à cœur et, comme je le disais précédemment, il y a de bonnes idées de mise en scène. Notamment dans les scènes de marche, ou lorsque le personnage est caché.

L'acteur principal a du mal à convaincre et son jeu sonne parfois très faux. En revanche, certains personnages secondaires, notamment l'officier SS, sont parfaitement interprétés.

Malgré ses gros défauts, le film se révèle instructif et dépeint efficacement, même si sans grande originalité, la Pologne occupée. On y découvre l'antisémitisme très présent dans les mentalités de l'époque, et pas seulement à cause de la propagande nazi. Mais tout ceci reste beaucoup trop classique, notamment la musique (un peu trop présente). En effet, les violons plaintifs donnent des aires de mélodrame balourd à ce film qui se veut sobre.

Le scénario est bancal. Il se concentre sur certaines périodes de la guerre, mais le spectateur ignore complètement ce qui arrive au personnage entre-temps. Certaines coïncidences sont très faciles et permettent de relancer le suspense. Et, au milieu du film, le spectateur assiste à un retournement de situation complètement irréaliste.

Au final, le spectateur apprend plus sur la Pologne que sur le nazisme ou la Shoah. Le scénario est bancal et le film en général est très classique. 

 


16 décembre 2014

Critique : "Timbuktu"

Réalisateur : Abderrahmane Sissako

Acteurs principaux : Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri, Layla Walet Mohamed, Fatoumata Diawara...

Note : 8,5/10


Le cinéaste mauritanien nous offre un film génial et magnifique dans tous les sens du terme, qui nous raconte l'histoire d'une famille de touaregs des environs de Tombouctou confrontée aux djihadistes devenus maîtres de la ville.

Ce film trouve l'équilibre parfait, très difficile à trouver, entre la simplicité, la profondeur et la pure beauté. Sissako met en scène et dirige le film de façon magistrale, aidé par son chef opérateur plus que doué. En parallèle avec l'histoire, il expose au spectateur la vie, le quotidien de ces gens du fin-fond du Mali sans jamais s'écarter de son sujet, tout en nous faisant prendre conscience de l'absurdité et de l'horreur de l’extrémisme religieux, que les occidentaux observent de loin au journal de 20h. Les extrémistes sont montrés à la fois comme des monstres et comme des humains, sachant discuter, rire, faisant des erreurs mais se montrant sans aucune pitié dès qu'il s'agit d'enfreindre les sois-disantes règles de l'Islam Dans le même temps, Sissako nous propose une réflexion très intéressante sur les différents interprétations du Coran à travers les discussions entre les djihadistes et l'Imam local, qui prône, lui, la tolérance.

Tous les acteurs, pourtant pour la plupart amateurs sont excellents, notamment la fille de la famille, ainsi que le djihadiste auquel on s'intéresse principalement.

Bien sur, ce film est une splendeur. Notamment, au milieu du film, un plan fixe très long, absolument magnifique, qui film le héros en train d'essayer de sortir du fleuve. Le spectateur, sans y croire, espère au fond de lui que le plan durera jusqu'à la sortie de l'eau. Eh oui ! La caméra s'attarde sur le touareg jusqu'à la fin, dans cette lumière irréelle. Tout simplement magique.
Chaque plan est une splendeur et le film est pimenté d'une touche de magnifique musique malienne. En somme, tout est beau ! A voir rien que pour l'aspect technique, surtout quand le contenu est à la hauteur.

Si j'ai enlevé quelques points sur la note finale, c'est à cause des gros clichés qui ponctuent le début du film. (Notamment la famille "parfaite" du début, sans disputes, avec une petite fille sage, des parents aimants...)

En conclusion, malgré les petites maladresses du début, "Timbuktu" reste un film extraordinaire en tous points, qui fait réfléchir sur l'extrémisme religieux, a la fois sobre et monumental et donc à aller voir absolument.