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14 avril 2015

Critique : Histoire de Judas

Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmeche

Acteurs principaux : Rabah Ameur-Zaïmeche, Nabil Djedouani, Mohamed Aroussi, Régis Laroche...

Note : 3/10


Rabah Ameur-Zaïmeche nous présente ici sa version des derniers jours de Jésus et de la trahison de Judas. Le projet est très intéressant sur le papier, mais les modifications apportées par le réalisateur franco-algérien sont vides de sens et le résultat est finalement loin d'être novateur dans son contenu. Si Ameur-Zaïmeche cherche a véhiculer un message autre que la paix dans le monde, il ne parvient à aucun moment à le faire passer. Le résultat, consiste donc en une suite d'images, certes très belles, mais complètement vides pour le spectateur et donc soporifique.  Le jeu des acteurs est, lui, souvent très mauvais, ce qui complique encore plus la tâche du spectateur qui cherche à rentrer dans le film.

Il faut avouer la réussite totale du film d'un point de vue technique, et notamment la qualité de la photographie. La scène d'ouverture est très belle : Judas, seul, montant sur une colline pour  y chercher Jésus qui jeûne depuis quarante jours. Le réalisateur utilise une succession de plans très longs, avec les sifflements du vent comme unique fond sonore, pour filmer l’ascension de Judas. Autant dire qu'avec une telle ouverture, on est forcément très déçu par la suite...

Trop de sobriété tue la sobriété : A force de ne pas faire parler ses personnages, de n'utiliser que des plans fixes très longs, sans aucune musique bien sur, Ameur-Zaïmeche empêche l'émotion de percer et les scènes, certes très belles, du procès de Jésus ou du dialogue entre Judas et Karabas à la fin sont dénuées de sentiments. 

28 février 2015

Critique : Birdman

Réalisateur : Alejandro Iñarritu

Acteurs principaux : Michael Keaton, Emma Stone, Naomi Watts, Edward Norton, Zack Galifianakis...

Note : 9,5/10


J'étais impatient de découvrir au cinéma le nouvellement oscarisé "Birdman", qui signe le retour de Michael Keaton. Autant dire qu'il ne m'a pas déçu ! Admirablement joué, mis en scène de manière enivrante, drôle, poignant et bien photographié. Rien n'est à jeter dans le nouveau film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu, qui réussit une performance exceptionnelle : Le film est tourné en un seul et unique plan séquence, parfaitement maîtrisé par le cinéaste mexicain.

A Broadway, Riggan, un has-been autrefois mondialement connu pour avoir joué un super-héros (Le birdman du titre) tente de sauver sa pièce de théâtre, censée le faire renouer avec la célébrité mais qui prend l'eau de toutes parts... L'occasion de s'interroger sur son passé, son futur, et de se confronter à ses proches...

Michael Keaton, dont la carrière ressemble singulièrement à celle de son personnage (à se demander si le rôle n'a pas été écrit pour lui) est plus qu'excellent, notamment dans une scène de pétage de plombs mémorable contre une critique acariâtre. Emma Stone et Zack Galifianakis (que j’adore dans Very Bad Trip), pour ne citer qu'eux, sont eux aussi parfaits. La mise en scène d'Iñarritu, en plus d'être magnifique et surprenante (Il dépasse même Hitchcock dans l'art du super-plan-séquence), est utile. On a l'impression de partager le quotidien de Riggan et on est donc plus proche de ses émotions. 

Birdman, c'est d'abord un portrait réaliste et complet d'un homme qui a tout perdu. On éprouve de l'empathie pour cet acteur déchu et on oscille en permanence entre la sympathie et la haine. En effet, Riggan nous prouve à plusieurs reprise qu'il est un pur salaud. Mais comme presque tous les personnages du film. Au final, Iñarritu nous prouve que tous les hommes ont une part de bêtise et de méchanceté en eux mais qu'il faut savoir passer outre (là est le seul problème du film : on n'avait pas besoin de lui pour le savoir), ce que parviennent à faire les personnages du film à la fin. "Birdman" permet à Iñarritu d'exprimer son point de vue sur la condition d'acteur, et autant dire qu'il n'est pas tendre :  Je pense que tous les personnages mentent à un moment ou un autre du film... Et que dire du personnage joué par Edward Norton ?

En conclusion, Iñarritu signe une comédie noire étonnante, bien jouée et intelligente, que je ne peux que vous conseiller d'aller voir.



   

16 décembre 2014

Critique : "Timbuktu"

Réalisateur : Abderrahmane Sissako

Acteurs principaux : Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri, Layla Walet Mohamed, Fatoumata Diawara...

Note : 8,5/10


Le cinéaste mauritanien nous offre un film génial et magnifique dans tous les sens du terme, qui nous raconte l'histoire d'une famille de touaregs des environs de Tombouctou confrontée aux djihadistes devenus maîtres de la ville.

Ce film trouve l'équilibre parfait, très difficile à trouver, entre la simplicité, la profondeur et la pure beauté. Sissako met en scène et dirige le film de façon magistrale, aidé par son chef opérateur plus que doué. En parallèle avec l'histoire, il expose au spectateur la vie, le quotidien de ces gens du fin-fond du Mali sans jamais s'écarter de son sujet, tout en nous faisant prendre conscience de l'absurdité et de l'horreur de l’extrémisme religieux, que les occidentaux observent de loin au journal de 20h. Les extrémistes sont montrés à la fois comme des monstres et comme des humains, sachant discuter, rire, faisant des erreurs mais se montrant sans aucune pitié dès qu'il s'agit d'enfreindre les sois-disantes règles de l'Islam Dans le même temps, Sissako nous propose une réflexion très intéressante sur les différents interprétations du Coran à travers les discussions entre les djihadistes et l'Imam local, qui prône, lui, la tolérance.

Tous les acteurs, pourtant pour la plupart amateurs sont excellents, notamment la fille de la famille, ainsi que le djihadiste auquel on s'intéresse principalement.

Bien sur, ce film est une splendeur. Notamment, au milieu du film, un plan fixe très long, absolument magnifique, qui film le héros en train d'essayer de sortir du fleuve. Le spectateur, sans y croire, espère au fond de lui que le plan durera jusqu'à la sortie de l'eau. Eh oui ! La caméra s'attarde sur le touareg jusqu'à la fin, dans cette lumière irréelle. Tout simplement magique.
Chaque plan est une splendeur et le film est pimenté d'une touche de magnifique musique malienne. En somme, tout est beau ! A voir rien que pour l'aspect technique, surtout quand le contenu est à la hauteur.

Si j'ai enlevé quelques points sur la note finale, c'est à cause des gros clichés qui ponctuent le début du film. (Notamment la famille "parfaite" du début, sans disputes, avec une petite fille sage, des parents aimants...)

En conclusion, malgré les petites maladresses du début, "Timbuktu" reste un film extraordinaire en tous points, qui fait réfléchir sur l'extrémisme religieux, a la fois sobre et monumental et donc à aller voir absolument.